Recherche
Mes travaux portent sur les transformations socio-écologiques du quotidien, en mettant l’accent sur les pratiques de care, de reproduction sociale et d’expérimentation collective. Inscrite en géographie critique, en écologie politique et en théorie féministe, ma recherche analyse la manière dont des formes alternatives de vie sont préfigurées à travers des infrastructures ordinaires — alimentation, travail, habitat, apprentissage, relations plus-qu’humaines — dans des contextes à la fois urbains et ruraux.
Plutôt que d’aborder le changement principalement par les politiques publiques, les technologies ou les réformes institutionnelles, j’analyse la transformation comme un processus de recomposition sociale, ancré dans des pratiques incarnées, affectives et relationnelles. Sur le plan méthodologique, mes travaux reposent sur des enquêtes ethnographiques de longue durée, des démarches de recherche participative, et des approches féministes réflexives.
1. Transformation socio-écologique préfigurative et reproduction sociale
Un axe central de ma recherche porte sur les politiques préfiguratives comme mode de transformation socio-écologique. J’y analyse la manière dont des initiatives de terrain — espaces alimentaires communautaires, éco-communautés, projets fondés sur les communs et collectifs autonomes — cherchent à « changer le système » non pas en formulant des alternatives abstraites, mais en réorganisant les relations ordinaires de travail, de care, d’apprentissage et de coexistence.
En m’appuyant sur l’économie politique féministe, les géographies autonomes et post-capitalistes, je conceptualise la transformation comme une recomposition sociale : un remaillage progressif du tissu social à travers la coopération, le care et l’endurance. Ces travaux placent la reproduction sociale et le travail affectif au cœur des infrastructures du changement, montrant que la transition écologique dépend fondamentalement de la manière dont les individus se soutiennent mutuellement — sur les plans émotionnel, matériel et social — dans la durée.
Cette recherche dépasse un cadrage strictement urbain et s’intéresse aux pratiques préfiguratives à travers des espaces urbains, ruraux et domestiques, tout en prenant en compte leurs dimensions plus-qu’humaines.
2. Pouvoir, privilège et ambivalence dans les pratiques alternatives
L’ensemble de mes travaux engage une analyse critique des ambivalences des espaces alternatifs et progressistes. Bien qu’ils soient souvent présentés comme inclusifs ou émancipateurs, ces espaces sont également traversés par des rapports de pouvoir, de privilège et d’exclusion.
À partir d’enquêtes ethnographiques menées dans des espaces alimentaires communautaires et des projets socio-écologiques, j’analyse la manière dont les inégalités de classe, de genre et de race sont reproduites, contestées ou rendues invisibles au sein des pratiques de communs et de care. Cela inclut l’étude des économies morales de la responsabilité, des attentes affectives, et de la répartition inégale du travail reproductif.
Plutôt que d’évaluer ces initiatives comme « radicales » ou « récupérées », mes travaux montrent que l’ambivalence est structurelle aux politiques préfiguratives, et que l’endurance — la capacité à persister dans la contradiction — constitue une forme de travail politique à part entière.
3. Géographies véganes et éthiques multiespèces
Je suis co-éditrice de Vegan Geographies (Lantern Publishing & Media, 2022) et autrice de Planète végane. Penser, manger et agir autrement (Marabout, 2017). Dans ce champ, j’aborde le véganisme comme une pratique spatiale, éthique et politique, inscrite dans des relations socio-écologiques plus larges, plutôt que comme un simple choix de mode de vie individuel.
Cet axe de recherche examine la manière dont les pratiques véganes et antispécistes s’articulent aux questions de care, de travail, de communs et de responsabilité environnementale, tout en remettant en cause les dualismes dominants entre humains et non-humains. Il contribue aux débats en animal studies critiques, en écologie politique et en éthique féministe du care, avec un intérêt particulier pour la coexistence multiespèce et les imaginaires post-spécistes.
4. Divisions urbaines, néolibéralisme et résistances
Mes recherches antérieures portaient sur les divisions urbaines comme processus politiques dynamiques, à partir d’un travail de terrain approfondi à Skopje. Elles ont conduit à l’élaboration du concept de « ville en cours de division » (dividing city), permettant d’analyser la manière dont les récits politiques, les stratégies de réaménagement et les pratiques quotidiennes produisent — mais aussi contestent — la division urbaine.
Bien qu’empiriquement ancrée dans des contextes urbains post-socialistes, cette recherche continue d’alimenter mes réflexions plus larges sur le pouvoir, les inégalités spatiales et les formes de résistance, notamment dans le cadre des restructurations néolibérales.
5. Recherches en cours : care, corporéité et matrescence
Mes recherches actuelles et émergentes prolongent mon intérêt de longue date pour le care et la reproduction sociale, en s’orientant vers les questions de corporéité, de matrescence et de production située des savoirs.
Ce travail explore la grossesse, la maternité et le post-partum comme des transformations spatio-temporelles et affectives, et analyse la manière dont l’expérience maternelle reconfigure les rapports à l’espace, au temps, au travail et au savoir — y compris au sein de la vie académique. En mobilisant la géographie féministe et des méthodes autoethnographiques, cette recherche interroge la façon dont les transformations incarnées deviennent des sites de reconfiguration politique et épistémique.




