Recherche

Mes recherches interrogent la manière dont les transformations socio-écologiques se jouent dans la vie quotidienne – par des pratiques de care, de reproduction sociale et d’expérimentation collective, plutôt que par la politique publique, la technologie ou la réforme institutionnelle. Situées dans le champ de la géographie critique, de l’écologie politique et de la théorie féministe, elles suivent ces pratiques à travers des espaces urbains, ruraux et domestiques, en prêtant attention à leurs dimensions plus-qu’humaines.

Un même parti pris critique traverse les trois axes ci-dessous : je me refuse à évaluer les initiatives comme radicales ou récupérées, et considère l’ambivalence comme constitutive des pratiques de transformation. Les rapports de pouvoir, de privilège et d’exclusion opèrent à l’intérieur des espaces alternatifs autant qu’à l’extérieur.

1. Politiques préfiguratives et transformations socio-écologiques

J’examine comment les initiatives grassroots – espaces alimentaires communautaires, éco-communautés, projets fondés sur les communs, collectifs autonomes – poursuivent la transformation en réorganisant les relations ordinaires de travail, de care, d’apprentissage et de coexistence. S’appuyant sur la l’économie politique féministe ainsi qu’aux géographies autonomes et post-capitalistes, ces travaux placent la reproduction sociale et le travail affectif au rang d’infrastructures du changement, et font de l’endurance – la capacité à tenir dans la contradiction – une forme de travail politique.

Mes publications dans ce domaine reposent sur une recherche ethnographique menée dans les espaces alimentaires collectifs berlinois, qui interroge les stratégies et les politiques du changement qu’ils déploient, et la manière dont les inégalités de classe, de genre et de race s’y reproduisent, s’y contestent ou s’y rendent invisibles au sein même des pratiques de commoning et de care. Mon terrain actuel prolonge cette enquête dans des éco-communautés rurales.

2. Care, reproduction et corporéité

Un deuxième axe aborde le care, la reproduction et la corporéité comme des processus spatiaux et politiques. Mes travaux publiés y traitent la grossesse comme une géographie à part entière – émotionnelle et atmosphérique, vécue à travers les intérieurs domestiques, les rythmes saisonniers, les seuils cliniques et l’écriture – et défendent l’ambivalence et la non-cohérence comme fondements analytiques d’une géographie des émotions.

Mes recherches en cours prolongent cet axe vers la matrescence et vers les conditions institutionnelles de production de la recherche, en interrogeant la façon dont les transformations corporelles reconfigurent les rapports à l’espace, au temps, au travail et au savoir – y compris au sein de la vie académique.

3. Géographies véganes et antispécistes

J’ai codirigé Vegan Geographies (Lantern Publishing & Media, 2022) et publié Planète Végane. Penser, manger et agir autrement (Marabout, 2017). Cet axe aborde le véganisme non comme un choix de vie individuel, mais comme une praxis spatiale, éthique et politique, produite par des négociations, des contestations et des rencontres ordinaires à différentes échelles – de la cuisine et de la famille aux mouvements militants et aux économies alimentaires.

Sur cette base, mes travaux développent des géographies antispécistes : une approche qui interroge la manière dont les relations spatiales peuvent contester les hiérarchies d’espèces plutôt que les reconduire, et qui situe le véganisme dans les dynamiques plus larges du capitalisme, du colonialisme et de la crise écologique. Elle dialogue avec les critical animal studies, l’écologie politique, la pensée anarchiste et l’éthique féministe du care.

Méthodologie

Mes recherches mobilisent l’ethnographie participative, les entretiens de récit de vie faiblement directifs, les focus groups et des approches féministes réflexives. J’y adjoins la tenue longitudinale d’un journal comme méthode à part entière : non pas un support auxiliaire, mais une pratique d’enquête féministe qui produit des concepts depuis l’expérience incarnée et saisit la transformation à mesure qu’elle se déploie, plutôt que rétrospectivement.

Travaux antérieurs : les villes divisées

Ma thèse de doctorat portait sur la division urbaine comme processus politique dynamique, à partir d’un terrain approfondi à Skopje. Elle a développé le concept de dividing city pour analyser comment les récits politiques, les stratégies de réaménagement et les pratiques quotidiennes produisent activement la division urbaine, mais aussi la contestent. Ces travaux continuent de nourrir mon intérêt pour le pouvoir, les inégalités spatiales et la résistance en contexte de restructuration néolibérale.